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Acte 4 / Apostille au moulin d’Opio

Courriel envoyé le 29 avril 2016

Cher Monsieur,

Tout d’abord je vous remercie pour l’intérêt que vous manifestez à apporter une réponse argumentée qui fait suite à la rédaction d’un libelle dénonçant le tropisme destructeur des coupeurs de branches à l’occasion d’une matinée de formation organisée par l’AFIDOL.

La dernière phrase de votre texte est une invitation qui favorise un rapprochement de la réflexion dans une initiative de « s’accorder » sur un discours fédérateur.

C’est une attitude que je considère comme étant l’illustration d’une disposition tournée ver la curiosité, l’attente et le croisement des connaissances.

Cette intelligence est trop rarement exprimée dans un environnement professionnel marqué par une incompétence généralisée associée à une insolente ignorance des entreprises d’élagage exerçant dans le bassin Grassois (mais pas toutes !) . Les arbres mutilés démontrent cette incompétence. Nous ne céderons pas sur cette dénonciation qui milite pour une superposition de la connaissance et de la pratique, du savoir dendrologique et de son application dans le réel et de l’intelligence mis au service de l’harmonie.

Cependant, je souhaiterai attirer votre attention sur notre réticence à valider votre « justification » qui figure dans le paragraphe 1. En effet, je distingue deux éléments dont l’un relève d’une appréciation fondée sur l’expérience tandis que l’autre témoigne d’une faiblesse cognitive comme le confirme une utilisation excessive de périphrases qui expriment, selon moi, une vision fictionnelle du fonctionnement végétal.

L’appréciation fondée sur l’expérience traduit une volonté de l’oléiculteur de croire qu’il existe une corrélation entre la réaction cellulaire et la volonté de l’homme. L’attitude prométhéenne consiste à installer dans les esprits que la production de fruits d’un arbre est subordonnée à l’intervention prédatrice de l’homme sur son système de développement ….. Autrement dit, la conviction profonde consiste à croire que l’arbre fruitier est désemparé et improductif si la main de l’homme n’accomplit pas son parcours sélectif pour activer, favoriser, accélérer, encourager, faciliter, réveiller, inciter, développer, stimuler et animer le système cellulaire de l’arbre. Cette vision du monde végétal traduit une conception fictionnelle du monde qui contredit, à l’évidence, une volonté de puissance qui s’exprime en dehors de tout déterminisme anthropique. Dans une perspective de production fruitière, il est impossible d’anticiper la réaction cellulaire d’un arbre suite à des mutilations excessives sur des axes porteurs d’une arborescence florale !! Faire le choix d’éliminer un système de développement hiérarchisé ne favorise pas la conception et l’aboutissement du système ontogénique de l’arbre dont le double objectif est de coloniser l’espace et de se reproduire.

Une intervention est envisageable sur une architecture installée qui permet à un œil expert de comprendre le principe de la réitération séquentielle sur une branche qui s’exprime par une répétition de l’arcure. En effet, l’abandon du système hydraulique sur les ramifications hypotones est une caractéristique constante du développement hiérarchique du système ramifié de l’olivier. La suppression consécutive du petit bois improductif associée à la suppression des ramifications en bout de branches, (souvent la ramification épitone) constituent un protocole de taille qui ne créent pas de situation traumatique sur l’arbre.  Cette gestion créée un environnement favorable à la production d’une fleur et d’un fruit sur un angiosperme.

Sur l’olivier, la taille radicale utilisée comme système producteur d’abondance est une vulgate qui contredit la connaissance biologique du monde végétal. Penser que la réaction cellulaire de l’olivier fabrique un système mécaniste récurrent orienté vers l’amélioration d’une production fruitière, est une croyance qui favorise la diffusion des fables et crée les conditions d’un mythe. En revanche, la taille fruitière sur des arbres produisant des fruits calibrés et dont le système ramifié est conduit sans taille traumatique présente des résultats attendus sur des pommiers ou sur des poiriers (le potager du roi de Versailles). Ce n’est pas le cas dans l’exemple de taille que j’ai observé au moulin d’Opio.

L’appréciation quantitative en terme de pourcentage est une information trop empirique pour mériter une validation fondée sur les mécanismes complexes du système ontogénique de l’arbre. L’empirisme ne crée pas les conditions d’une vérité scientifique.

La proportion pulpe/noyau acceptée comme étant un critère de qualité est vraisemblablement le résultat d’une fonctionnalité complexe des facteurs biotiques et abiotiques mais certainement pas anthropiques. La main de l’homme n’agit certainement pas sur cette proportion. Seuls les cycles circadiens de la nature rendent possible la fabuleuse invention des mécanismes de reproduction.

Concernant les périphrases qui me font douter de manière singulière voire définitive de la pertinence du propos, figurent en première ligne : « taille insuffisante », « arbre domestiqué », « intensité insuffisante », « manque d’aération », « rajeunissement du feuillage ».  Cette terminologie exprime, à l’évidence une volonté humaine car les mots appartiennent au champ lexical de la psychologie avec quelques superlatifs, mais ne caractérisent pas une compréhension des mécanismes, parfois inattendus, de l’univers complexe de la dendrologie.

Au sujet des maladies cryptogamiques, il me semble qu’il est préférable de réfléchir aux conditions qui rendent possible le développement parasitaire des mycètes et des oomycètes. Je préconise de comprendre et d’agir sur les causes avant de répandre dans la nature des produits issus de l’industrie chimique dont les conséquences néfastes sur le biotope et sur la santé humaine ne sont plus à démontrer. Un arbre, c’est un système visible et invisible. Parfois, il faut s’interroger et prendre en compte la partie souterrain et observer et comprendre l’environnement.

Pour toutes ces raisons, je regrette de vous confirmer que je ne souscris pas à votre position qui « justifie la plus grande partie du contenu de nos interventions »

Il faut s’interroger aussi sur la concentration mono-culturale.

Il faut s’interroger sur l’absence de paillage du sol.

Il faut s’interroger sur l’absence de plantation diversifiée comme par exemple le lentisque qui présente des propriétés répulsives contre certains ravageurs.

Il faut s’interroger sur le discours unilatéral et mécaniste du formateur qui valide les actes de suppression de la ramification hiérarchisée.

Il faut s’interroger sur les innombrables oliviers qui « sèchent » car la totalité du système photosynthétique est supprimé.

Il faut s’interroger sur la justification d’un employé de mairie installé dans un vieil olivier me dire : « je supprime le feuillage car il étouffe » !!??!!

Il faut s’interroger sur les conditions qui rendent possibles une quantité innombrable d’arbres qui subissent dans nos cantons des actes de mutilations dans des proportions inimaginables sur le modèle de la taille « abominable » pratiquée sur les oliviers.

Il faut s’interroger sur l’idée selon laquelle le patrimoine arboré est mutilé, sacrifié, abimé et installé dans une spirale du déclin dans nos collines.

Il faut s’interroger sur les raisons qui poussent les « coupeurs de branches » à mutiler les quercus, les fraxinus, les malus, les pinus, les acer, les ligustrum, les cupressus, les morus, les tilia, les prunus, les celtis, les ulmus, les castanea, les populus, les catalpa, les laurus, les robinia (fichiers photos personnels) mais jamais les sequoia et jamais jamais les araucaria !!!!! Tiens !!!! tous les arbres méritent un traumatisme sauf l’araucaria. Le sequoia est trop haut, trop grand et l’araucaria est trop …. désespérant …. !!!! Donc, la physiologie répulsive de l’arbre lui assure son intégrité … Pas de chance pour les autres …..

Il faut s’interroger sur le décalage qui existe entre le contenu des livres écrits par Francis Hallé, Christophe Drénou, Corinne Bourgery, Pierre Aversenq, Chantal Pradines, Jeanine Millet, Raymond Durand, Paul Arnould, Ernest Zucker, Jac Boutaud, Yves Carraglio, Alain Baraton pour les auteurs francophones, qui dénoncent tous, sans exception les pratiques mutilantes, la prédation arboricole et les idées reçues qui entretiennent l’arbre dans sa physiologie déshonorante.

Il faut s’interroger sur la nécessité de convoquer la science, la connaissance et la culture pour dénoncer les actes incohérents qui contredisent le savoir et enlaidissent le paysage.

Il faut s’interroger sur la généalogie administrative qui conditionne le mépris de l’arbre et ses pratiques déshonorantes.

Il faut s’interroger sur les opérateurs d’élagage qui m’adressent des injures, des menaces et des propos orduriers lorsqu’il s’agit de ne pas faire mentir la science et l’harmonie.

Il faut s’interroger sur ces opérateurs qui agissent dans une impunité totale sans subir les mêmes injures et les mêmes menaces.

Enfin, je suis concerné par votre propos lorsque vous écrivez  » je suis sensibilisé aux modes de taille respectueuse de l’architecture des arbres ». Nous partageons, j’en suis persuadé, la même sensibilité. Notre discussion le confirme. Vous comprenez, ma détermination à ne pas céder et à faire savoir notre savoir faire. Les arboristes grimpeurs défendent leur métier.

En espérant avoir la possibilité de vous rencontrer prochainement, je reste à votre disposition pour partager avec vous, une vision biophile du monde.

Avec toute ma considération,

Je vous adresse mes salutations arboriphiles.

Pierre Lacarrère (Secrétaire Général de Sequoia)

Acte 3 / La réponse de l’AFIDOL

Le 28/04/2016 à 12:20, Christian PINATEL a écrit :
Monsieur,
je vous remercie pour vos remarques nombreuses et motivées.
Il semblerait cependant que nos motivations ne soient pas identiques. Si le point commun entre nos sujets est bien l’arbre, l’olivier, nous avons comme mission à l’AFIDOL de diffuser un message en vue de favoriser la production oléicole. En ce sens, il est possible que nous ne soyons pas toujours en accord avec les principes que vous défendez au travers de votre association.
Votre message contient un grand nombre de sujets dont il serait intéressant de discuter, mais je me limiterais à vous donner deux informations qui permettent, à elles seules, de justifier la plus grande partie du contenu de nos interventions.
1: La production de l’olivier est naturellement orientée vers la production de noyaux pour la perpétuation et la diffusion de l’espèce. Une taille insuffisante laisse à l’olivier la possibilité de faire un grand nombre d’olives, puis d’entrer dans un rythme d’alternance bisannuelle. Ceci est avantageux pour la production des noyaux, qui sont plus nombreux, et donc pour la perpétuation de l’espèce. Mais dans le cadre d’un arbre domestiqué, l’oléiculteur doit orienter la production vers ce qu’il utilise, c’est à dire la pulpe, que ce soit pour faire de l’huile ou des olives de table. En taillant l’olivier avec une intensité suffisante, l’olivier produit moins d’olives, mais avec une meilleure proportion pulpe/noyau, et met en œuvre des pousses pour l’année à venir, ce qui évite l’alternance. Au final, l’oléiculteur produit 50% d’huile en plus avec des oliviers bien taillés. Vous comprendrez donc facilement que c’est ce message-là que nous devons diffuser.
2: nous sommes convaincus que le premier problème phytosanitaire qui touche l’olivier dans nos régions est l’œil de paon, maladie fongique favorisée par le manque d’aération. La première mesure à prendre face à ce risque est une taille assez sévère permettant un rajeunissement du feuillage et une meilleure aération. Là aussi, vous comprendrez que nous devons pousser les oléiculteurs à tailler plus que ce qu’ils ne le font, selon nos observations.
Croyez bien que moi aussi je suis sensibilisé aux modes de taille respectueuses de l’architecture des arbres, j’ai d’ailleurs été le premier, en Corse dans les années 1980, à faire des démonstrations de taille avec du matériel de grimpe (étant moi-même moniteur de canyonisme) afin d’orienter les pratiques vers la taille dite « douce », la seule méthode utilisée à l’époque pour les arbres de 15 mètres étant la taille de rénovation, tout les 30 ans ou plus, et consistant, en gros, à ne laisser que des moignons de charpentières. Je suis convaincu que nous pouvons trouver comment accorder notre discours, peut-être en identifiant différentes configurations de l’olivier (de production, ornemental, forestier…)
Cordialement

Christian Pinatel
Directeur technique 
Ligne directe: 04 42 23 82 52

AFIDOL-CTO
Maison des Agriculteurs
22, avenue Henri Pontier
13626 Aix en Provence cedex 1
Tél : +33 (0)4 42 23 01 92

Acte 2 / Une matinée consacrée à une formation ? … Non, un risque pour une contagieuse désinformation

Monsieur,

J’ai assisté le mardi 20 avril à neuf heures à une démonstration de taille d’olivier dans l’oliveraie au Moulin d’Opio animée par Monsieur Sébastien le Verge de l’AFIDOL.
J’ai entendu une somme dérangeante d’informations fausses.
Nonobstant, le groupe composé d’une cinquantaine de personnes repartira en conservant à l’esprit des idées reçues, des informations inexactes et des visions du monde de l’arboriculture qui contredisent la culture scientifique.
Pour quelle raison la réalité constatée ferait-elle mentir la connaissance ?

Je laisse à votre appréciation la somme des informations aléatoires qui justifient et expliquent des attitudes d’élagage que nous considérons comme étant l’illustration d’une méconnaissance funeste du principe ontogénique de l’arbre.

Nous nous interrogeons pour connaitre la validité scientifique des informations entendues ce matin, et notamment :

1° « Il faut créer un puits de lumière au centre de l’arbre »
2°« Il faut supprimer le feuillage car l’arbre étouffe »
3° « enlever environ 30 % du feuillage participe au potentiel de développement de l’arbre »
4° « Taillez pour restructurer l’arbre »

A cette liste bréve mais incompléte d’informations surprenantes, il convient d’ajouter les observations personnelles suivantes :

  • Concernant les mutilations qui illustrent les actes de prédation arboricole, j’ai assisté à des enfourchements supprimés, des axes vigoureux annihilés et du feuillage inutilement sacrifié.
  • Les outils de coupe n’étaient pas nettoyés entre chaque passage d’olivier.
  • La justification autant juvénile qu’inutile célébrait à chaque coup de sécateur, « faire de la lumière » comme expression récurrente et indépassable de l’acte.

Que penser d’une matinée placée sous le signe d’une formation consacrée à la taille de l’olivier, lorsque l’animateur évacue de son propos des éléments qui auraient eu l’avantage de faciliter, par ailleurs, la compréhension des règles complexes qui gouvernent les mécanismes ontogéniques de l’arbre, à savoir ?

  • 1° Rien sur le processus de développement hiérarchique des axes.
  • 2° Rien sur les fonctions organiques fondamentales  accomplies par le feuillage.
  • 3° Rien sur le rôle déterminant des chloroplastes comme organe déclencheur du processus hydraulique.
  • 4° Rien sur l’inexistence d’une corrélation entre la taille et la fructification.
  • 5° Rien sur le processus biophile de la photosynthèse.
  • 6° Rien sur la nécessité de comprendre et de respecter son environnement pour donner la chance aux insectes et à leurs prédateurs de jouer un rôle d’équilibre dans le cadre des connaissances acquises sur le terrain de l’entomologie.
  • 7° Rien sur les risques d’utilisation d’un insecticide qui a pour effet d’installer un désert  abiotique sur la zone traitée.
  • 8° Rien sur les substances chimiques ou gazeuses libérées par les actions de taille à une période printanière représentant ainsi, pour un nombre considérable d’insectes, un message d’appel intrusif. (les substances allélochimiques)
  • 9°  Rien sur la feuille de l’olivier qui dispose de deux faces de couleurs différentes assurant ainsi un processus  bifonctionnel.
  • 10° Rien sur la fonction de l’arbre comme étant un système colloniare voué à se reproduire.
  • 11° Rien sur le systèmes racinaire et la zone souterraine nécessitant une gestion biologique de la surface.
  • 12°  Rien sur les cycles circadiens de la nature qui conditionnent  la circulation de l’eau  dans les colonnes du phloème et du xylème.
  • 13° Rien sur l’observation générale de l’arbre lorsque celui-ci est contraint à une réaction épitonne dans le houppier décapité.
  • 14°  Rien sur l’abondance des réitérations traumatiques sur un tronc soumis à l’agressivité des photons de la lumière générant ainsi des échaudures sur l’écorce.

Engagés dans la défense de notre patrimoine arboré et membres adhérents de nos associations SEQUOIA et « comprendre et défendre l’arbre », nous nous interrogeons sur le contenu des formations effectuées sous l’autorité de l’AFIDOL, qui devraient tenir compte de deux contraintes majeures, à savoir :
1) Réintroduire au sein de ces formations matinales un contenu structuré qui ne fait pas mentir la connaissance biologique que nous possédons sur le monde de la dendrologie car, aujourd’hui, il n’est plus possible de plaider l’ignorance.
2) Les idées reçues associées à des informations fausses et à des connaissances aléatoires engendrent auprès du public néophyte des vagues d’incertitude qui justifient et expliquent les actes de délinquances arboricoles que nous voyons s’installer partout.

Pour toutes ces raisons qui nous semblent relever d’une éthique de responsabilité et d’une éthique d’engagement, nous ce cèderons pas sur la nécesité de revendiquer la connaissance et de faire appel aux sollicitations dans un esprit constructif et civique mais jamais polémique.

« Il faut cesser de mutiler les arbres car le désert avance »

Je vous adresse mes salutations cordiales.

Pierre Lacarrère – Secrétaire Général de SEQUOIA
Marc Duplan – Président de « Comprendre et défendre l’arbre »

— Pierre Lacarrère +33 6 62 28 45 37 pierre@lacarrere.eu