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Lettre adressée à Mr le Maire de Chateauneuf (06740)

« Les arbres sont des êtres vivants
Ils sont nos protecteurs » (Francis Hallé)

7 avril 2015

Copie d’une lettre adressée à la mairie – sans réponse Monsieur Le Maire,
Sauf erreur de ma part, vous n’avez pas répondu à mon courriel daté du 14 février – (Je suis passé en mairie pour déposer un dossier …. sans réponse)
Je vous invite à prendre connaissance du document ci-joint qui met en évidence une situation suffisamment répétitive pour être soulignée.
Je circulais hier matin dans les collines de la commune de Chateauneuf et du Rouret pour honorer deux rendez-vous – J’étais un peu remonté comme un ressort d’horloger face au spectacle désolant imposé par les interventions sacrificielles innombrables qui ont été effectuées sur les arbres des collines environnantes.
J’ai arrêté ma voiture et j’ai sonné au portail pour entamer une discussion avec le voisin du propriétaire des arbres (étrange figure de style : propriétaire d’un arbre !!! ) (Article 670 à 673 du Code Civil)
Le voisin ne savait pas qui était intervenu, mais le résultat témoigne d’une éclatante et incontestable incompétence.
Que pouvons-nous faire ? Cette intervention représente une insulte à notre connaissance et un désespoir pour les arbres. C’est également l’illustration d’une insolente ignorance de leurs exécutants. C’est une entreprise locale qui se présente comme des « spécialistes des arbres ». C’est une honte et surtout un mensonge. C’est typique de notre région : la laideur se dispute à l’incompétence ….


Une coiffeuse âgée de 20 ans ne peut pas toucher une paire de ciseaux dans un salon de coiffure si elle ne possède pas son diplôme !! Le régime réglementaire n’est pas le même pour notre métier.
Chez nous, (sans doute ailleurs en France) des « élagueurs » peuvent « légalement » détruire un arbre sans condition de compétence …….
Je suis allé sur la commune dans un quartier résidentiel (Coluche y avait sa maison : quartier St Jeaume) –
C’est une hécatombe de laideur et de tristesse – tous les chênes situés à l’intérieur des propriétés ont été transformés en poteau polymorphe !!!!!!! (des arbres en poteau ????? )
Comment exprimer ma tristesse et ma frustration ?
Sur une photo (le gros sujet), on constate que l’axe a été supprimé, les axillaires ont subi le sort de l’axe, le feuillage, les branches, tout a été supprimé : c’est une honte, une agression, un vandalisme, un acte de délinquance environnementale. Le système « méristématique » (organe de croissance destiné à fabriquer la surface foliaire autrement appelée surface « photosynthétique ») de l’arbre est anéanti, le système racinaire est irrémédiablement détérioré, l’arbre deviendra dangereux à un horizon de 10 ans – il est définitivement perdu – Ces modèles qui invitent à une vision mortifère de l’environnement sont visibles partout : les places, les chemins, les champs, les écoles, dans toutes nos communes ….C’est effrayant

Ce qui me rend agacé et fâcheux, c’est le spectacle dépravant et mortifère qui s’impose à notre regard.
Il ne s’agit pas de défendre un point de vue ou d’entamer une discussion à vocation polémique – La connaissance du sujet dont on parle n’est pas arbitrable – elle est le résultat d’une observation, d’une immanence qui n’est pas discutable – Reste à savoir si le cynisme et l’avidité des exécutants peuvent expliquer et justifier ces attitudes qui contredisent la biologie, nos connaissances, nos compétences professionnelles, nos lectures et notre savoir-faire.

Deux cas de figure se présentent :

Dans l’hypothèse où ils possèdent la connaissance et ils ne l’appliquent pas : ce sont des fumiers qui méritent des sanctions – mais lesquelles ? le dispositif législatif de « délit environnemental » ou de « préjudice écologique » n’existe pas ou pas encore …. (sujet abordé dans un article lu dans le journal « Le Monde » la semaine dernière-le texte est en préparation au Parlement) – Dans cette hypothèse, ils fracassent un arbre en pleine connaissance de cause – Ensuite, dans une poignée d’années ils viendront l’abattre !!! « Mais Madame, l’arbre est malade … » Or, ils savent pertinemment créer une confusion sémantique entre la « maladie » et les « symptômes » à moins qu’ils ne soient aveuglés par leur propre impéritie…
Ou bien, ils ont le sens du commerce, mais aucune connaissance du système ontogénétique de l’arbre : ça pose un autre problème – sur un plan éthique, peut-on laisser faire des gens qui n’ont pas la connaissance ? Comment accepter l’idée que l’ignorance associée à l’incompétence triomphent et coexistent ?

Dans les deux cas de figure, il faut que cette situation s’arrête : l’incompétence ne doit pas représenter la norme !!! c’est un vrai débat que doivent conduire les deux associations (SEQUOIA & SFA) et déposer une requête auprès des préfets de nos départements. Nous sommes face à une vraie question qui nous concerne et qui relève de notre responsabilité – Nos compétences et nos engagements professionnels doivent servir la communauté – Le public ignore les bonnes pratiques qu’il convient d’effectuer dans un arbre. Seules les grandes villes ont signé « une charte de l’arbre » Lyon, Nancy, Paris, Genève, Washington, et beaucoup d’autres- Elles ont choisi d’appliquer une méthode en utilisant un outil (la charte) tout en nommant d’authentiques spécialistes de l’arbre que sont les « arboristes grimpeurs » –
Or, dans nos cantons, les élus représentent des petites communes avec un personnel sous-qualifié (c’est compréhensible) –
Concernant notre domaine de compétences, celui de l’arboriculture (connaissance du monde de l’arbre), nous constatons un abîme d’ignorance chez le néophyte qui , le plus souvent, occupe la direction des services techniques de la ville. C’est une avalanche d’idées reçues, de propos indigents, d’attitudes méprisantes, voire tout simplement d’incompréhension inouïe dans les mécanismes biologiques élémentaires qui gouvernent les arbres – Je dispose de centaines de photos, montrant des arbres occupant l’espace tant public que privé, sans ramure, sans feuillage, sans axe, sans axillaire, dépouillés, anéantis … personne ne se préoccupe du système racinaire …. ce sont des milliers d’arbres qui deviendront dangereux pour l’environnement – personne n’identifie le danger potentiel dans l’avenir !!!!
A titre d’exemple vécu, un vieux chêne « allégé de sa ramure, » ou « mis en sécurité » ou « élagué » (termes et formules qui témoignent d’un abime d’incompétence) dans une école !! et un autre sujet à proximité d’un gymnase !! : les deux arbres représentent désormais un danger pour les enfants…Incompétence ou ignorance ???? Les photos qui les représentent affichent sans équivoque une évidente fragilité pour un regard de spécialiste.
En circulant dans les collines de Grasse et ses environs, il est impossible, pour un passager dans une voiture de compter au-delà de trente secondes sans rencontrer dans le paysage un arbre déstructuré, dépouillé de sa couronne – Un nombre délirant de chênes coiffés par une horde de réitérats (rejets) traumatiques, des résineux avec un houppier inexistant (absence d’axe), des cupressus ratatinés, des massifs d’arbustes rendus exsangues sous les tailles irréfléchies des pseudo-jardiniers….Le jour où une véritable tempête va se coucher sur notre région …..Personne ne songera à dire : « mais, un élagueur est venu il y a 5 ans pour ……

Par ailleurs, si quelqu’un casse du mobilier urbain, il est justiciable – Dans l’hypothèse où un élagueur immature (ou éclairé) réalise des actions dégradantes pour l’arbre, personne ne viendra lui demander des explications. Ainsi, le jardinier ou l’élagueur , tous les deux ignorants, grimpent dans les arbres et décident de réaliser des dégradations définitives sur le système ontogénétique de l’arbre. Ils portent atteinte aux propriétés mécaniques et biologiques de l’arbre. Ils sont objectivement incompétents. Leurs passages marquent durablement le paysage et en plus ils sont rémunérés pour un acte de destruction !!!!! Sous une forme métaphorique, c’est comme s’ils étaient payés à polluer l’environnement, comme jeter des bouteilles en plastiques dans la nature – Nous savons très bien que les molécules de synthèses ne sont pas biodégradables, car elles ont des propriétés dextrogyres. Être rémunéré pour supprimer le feuillage d’un arbre !!!!!! être payé pour détruire de la matière organique caractérisée par des propriétés lévogyres… On marche complètement sur la tête – Sans compter les feux, nommés ironiquement « écobuage » pour désigner l’élimination des « déchets végétaux » – Il est à noter au passage la formule oxymorique (déchets/végétaux) qui a pour but de créer un nuage de fumée pour le public. Oui, Oui, brûler de la matière organique.. Chez nous, c’est une coutume ….Délire, absurdité, contre sens, vulgate, idées reçues, ignorance, obscurantisme… Le délire va-t-il perdurer ? (autre longue lettre restée sans réponse)

J’ai constaté, dans mes collines, une dégradation effrayante depuis sept ans : elle est quantifiable. A croire que les « professionnels » (??) sont animés par des passions tristes, s’appuyant sur l’ignorance du public dans laquelle une communauté de personnes partage une vision nécrophile du monde. Le signifiant de l’arbre, c’est l’image que notre culture associe à la réalité de l’arbre. La signification matérielle de l’objet, est représentée par une harmonie mentale, une sorte d’arbre conceptuel. C’est l’idée même du beau et du sublime qui s’imposent à notre mémoire. Or, un coupeur de branches inculte dématérialise l’objet et brise sa représentation vitale et singulière le rendant non identifiable. L’élagueur annihile et déstructure définitivement son identité. C’est désormais un arbre non représentable qui emerge dans le paysage. Il y a donc une fracture définitive entre le signifié et le signifiant de l’arbre. La bêtise est un noyau insécable : elle fascine par son éloquence. Mais elle a tendance à engendrer des métastases dans le paysage…
On peut s’interroger sur les motivations obscures qui déterminent un désir de normaliser un paysage ! Pourquoi s’acharner à imposer durablement la laideur au pied de son jardin ? Quel public nourrit une fascination morbide pour annihiler une énergie vitale qui devrait, au contraire, réveiller une interrogation sur cet insolite présence vivante ? Pour quelle raison, un certain public, perçoit « l’anéantissement » comme point de mire souhaitable dans son univers visible ? Un arbre sans ramure et sans feuille renvoie à une vision apocalyptique du monde et témoigne incontestablement d’une perception nécrophile du réel. Un arbre est à première vue l’expression d’une réalité entropique, c’est à dire désordonnée et sans cohérence apparente. Evidemment ce n’est pas le cas. Son caractère singulier est perceptible par son altérité.
Sociologiquement, il est remarquable de constater pour un observateur itinérant dans nos campagnes aisées que la prospérité signalent les arbres mutilés, tandis qu’au contraire, la majesté des arbres témoigne d’un désintérêt ou d’une difficulté financière de son propriétaire.
Nous avons besoin de leaders d’opinion capables de s’exprimer sur le sujet et de relayer un constat dont la banalité est consternante : « un arbre est une usine à fabriquer de l’oxygène » mais tout le monde l’oublie ….
Un enfant de cinq ans sait reconnaître la marque d’une automobile en un clin d’oeil mais il est incapable d’effectuer cet exercice sur les arbres (mais aussi papillons, oiseaux, champignons, légumes ….)
Nonobstant, je pense que nous sommes au début d’une mutation des prises de conscience. Il faut compter avec des arboristes grimpeurs écœurés, des élus concernés, des décideurs désireux de protéger leur environnement, des chefs d’entreprises alertés et conscients, des représentants de l’état avertis, des concessionnaires de l’état (erdf, véolia, compagnie des eaux, autoroute) mobilisés, des enseignants engagés, des journalistes éclairés (?) des retraités disponibles, des acteurs à l’affût d’une célébration écologique, bref une quantité hétéroclite de personnes engagées pour refouler la laideur et l’incompétence et sauvegarder nos arbres afin de protéger nos paysages.

Difficile de trouver des interlocuteurs avec lesquels un dialogue et une écoute seraient susceptibles de naître, grandir s’organiser, s’établir pour ensuite donner lieu à des actions, des échanges, des projets, des formations, des réflexions en contre point, des transmissions de connaissances. Qui s’intéresse aujourd’hui à l’arbre, en dehors de nos amis, F.Hallé et A.Baraton ?
Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette crainte ?
Je reste à votre disposition pour aborder, sereinement et civilement, avec vous et avec votre équipe les aspects soulevés dans cette lettre car mes lettres précédentes sont restées à ce jour sans réponse !!!!

Dans cette attente, je vous adresse mes salutations cordiales.
Pierre Lacarrère

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